top of page

Sichuan tibétain : De Yarchen Gar à Danba

  • Photo du rédacteur: Matthieu & Laurence
    Matthieu & Laurence
  • 12 févr. 2017
  • 6 min de lecture

Ce sera notre dernière étape en terre tibétaine.



Yarchen Gar

Depuis Baiyu, un lama tibétain et son chauffeur nous prendront dans leur 4x4. Apprenant notre destination finale, ils feront finalement un crochet de plusieurs kilomètres pour nous déposer à Yarchen.

Nous sommes arrêtés à un checkpoint, non pas par des policiers en uniforme, mais par des moines. En effet, ils filtrent l'accès au village et des véhicules voulant simplement traverser par cette route unique.

Yarchen Gar n’est pas une ville officielle : imaginez un lieu sacré, basé à 4000m d’altitude, devenu un bastion de religieux depuis 1985. Aucun recensement officiel, nous avons entendu toutes sortes de chiffres sur la population. Nous vous laissons en juger par vous-même en regardant cette photo:


Yarchen Gar

C’est probablement le plus grand monastère bouddhiste au monde, et pourtant il n’est cité sur aucun guide ni aucune carte. Nous avons appris son existence par nos rencontres sur la route. Peu d'étrangers connaissent sa localisation.


Depuis 2001, le village de Larung Gar dans le nord de la province, où 40 000 moines et nonnes vivaient pieusement, en retrait du monde, s'est vu progressivement démantelé, d'avis d'expulsion en ordres de démolition. Les pelleteuses ont eu raison des contestations. Le gouvernement chinois arguant du fait des conditions d'hygiène déplorables sur place.

Le site est interdit aux étrangers depuis l'été 2016...





Nombreux se sont alors installés sur les collines de Yarchen. A l'écart de la civilisation moderne chinoise, il s'agit d'un des village-monastères les mieux préservés au monde. Fondé dans les années 80 par Achuk Rinpoche (grand maître de la tradition Nyingma), c'est aujourd'hui un symbole fort de résistance face à la domination chinoise et une école très influente. Des lamas de grande renommée enseignent le bouddhisme dans la plus pure tradition tibétaine, attirant une grande communauté de disciples. La transmission du dzogchen ou "voie de la grande plénitude", est ainsi assurée par un ensemble de techniques d'éveil.



Le village est compartimenté : les moines vivant à l'ouest de la rivière, les nonnes à l'est ; il est organisé autour de lieux de cultes et d’apprentissage. Nous aurons la possibilité de pénétrer dans une école avec des centaines de jeunes moines étudiant et priant. Quel instant fort!


Dans l'école bouddhiste

La grande lama de l'école


Le village en lui-même est un agglomérat de constructions anarchiques en bois, en torchis ou en dur, aux allures de bidonville, en surpopulation notoire, dans des conditions d'hygiène pour le moins minimalistes. La rivière Dzin-Chu qui la traverse est un véritable dépotoir, surplombée de nombreuses latrines. Il n’y a pas d’eau courante ici. Chacun s'approvisionne au seau pour la journée.


Mais pourquoi avoir choisi ce lieu si inhospitalier à 4000 m d'altitude ?

Dans la tradition Nyingma, les "termas" textes sacrés sont dissimulés par des anciens maîtres, qui seront mis au jour par les "tertöns", découvreurs de trésors. Ce lieu était ainsi prédestiné.


Même si nous recevons de nombreux "Tachy delek", les mains tournées vers le ciel, en signe de bénédiction, nous ne pénétrerons pas au cœur du village. Des nonnes barrent l’accès aux étrangers ; ce qui nous créera un léger malaise, un sentiment de ne pas être les bienvenus. On regrette presque de perturber cette tranquillité préservée, par simple curiosité.


Le village est menacé du même sort que Larung Gar, le gouvernement chinois ayant déjà lancé un avis de démolition. Les habitants vivent désormais quotidiennement dans la peur d’être expulsés. Dans ce contexte, est-ce que l'étranger est perçu comme voyeuriste devant ces religieux à nu matériellement ou comme témoin gênant ? Gênés, nous ne resterons finalement qu'une seule nuit, alors que nous étions invités à rencontrer une famille de nomades.



Une grande rue centrale traverse le village des nonnes



Lors de notre passage, fin novembre, il faisait très froid mais les moines et les nonnes sont toujours invariablement vêtus de leur Kesa (tenue grenat), avec toujours une manche dénudée, par respect.


Les drapeaux de prières flottent au vent et une statue dorée géante de Padmasambhava (qui a ramené le bouddhisme indien au Tibet au VIIIème siècle) surplombe l’ensemble. Il est d’ailleurs vénéré ici comme un second Bouddha. Il incarne les forces de la sagesse et de la compassion.



Une statue dorée géante de Padmasambhava

Depuis le promontoire surplombant la ville, nous découvrirons des cabanes rudimentaires en carton, de 1 m², éparpillées à flanc de colline. On n'imagine pas quelqu'un vivre replié dans 1m², dans un tel froid. Et pourtant ces cabanes semblent habitées. Maison ou lieu de retraite spirituelle ? Nous ne le saurons pas. On nous intime l'ordre de quitter les lieux.




Comme partout où nous nous rendons, nous choisissons notre petite cantine et y restons fidèles, ainsi on crée vite des liens. A Yarchen, on ne sert que des repas végétariens, ce qui nous va très bien. Nous sympathiserons avec le patron, très introverti mais d’une gentillesse débordante et excellent cuisinier. Il sert une soupe de raviolis divine (nos meilleurs en Chine!). Seuls touristes, nous prenons nos repas au milieu de moines regardant des films d’action sur l'une des seules télévisions du village.

Le dernier jour, nous tenterons le stop en direction de Xinlong. Pas un véhicule de la matinée ; ce qui nous vaudra de rentrer sur Yarchen en moto (chacun sur un destrier différent).


Avec nos gentils chauffeurs



Nous retournons à notre "cantine", dépités de notre tentative avortée. C'est alors que la providence nous offrira l'une de nos plus belles rencontres : Sichen, un moine d'origine han, parfaitement anglophone (très rare ici), vit à Yarchen depuis un an.


Sichen

Journaliste à Pékin, Sichen a beaucoup voyagé en sac à dos lorsqu’il travaillait pour Lonely Planet et la BBC. II a aussi vécu quelques années en Angleterre. Il a quitté son confort pékinois, son travail, ses proches pour venir vivre l'expérience d'ascète, une vie de méditation loin de la société consumériste chinoise. C'est ici qu'il peut côtoyer les plus grands lamas et recevoir le meilleur enseignement.

Il considère sa nouvelle vie comme une renaissance. Il travaille quotidiennement afin d'atteindre l'éveil. Pour cela, il doit apprendre à se détacher des considérations matérielles, à s'affranchir de son égo, de ses connaissances occidentales.

Il manifestera une résilience surprenante quant à l'arrêté de démolition en cours, en invoquant la roue de la vie, le cycle naturel des choses.

Nous resterons presque deux heures avec lui, impressionnés et passionnés par son récit. On ne peut qu'admirer son courage d'aller au bout des idées.


Yarchen Gar restera à jamais gravé dans nos mémoires comme un lieu unique où ces personnes font un choix de vie hors du commun, pour vivre dans des conditions "extrêmes", en accord avec leurs convictions. On pense aux bulldozer qui menacent cet îlot de résistance. Pour combien de temps seront-ils encore épargnés ?



Après cette belle rencontre, nous quitterons Yarchen, en stop, en direction de Ganzi cette fois-ci. Ce ne sera pas simple non plus ! La ville est tellement isolée que les véhicules se font rares dans la région. L'attente s'éternise alors que le temps se gâte et se rafraîchit encore. Soudain un véhicule de police nous interpelle. On leur explique notre situation. L'un des policiers nous propose alors son aide : il arrête une voiture et lui intime l'ordre de nous emmener sur Ganzi, gratuitement. Le chauffeur obtempère sans broncher et nous voilà partis ! Merci la police chinoise.


La route de retour sur Ganzi



Danba


Après nos aventures à Yarchen Gar, nous partons vers l'un des plus beaux villages de Chine : Zhonglu.

Situé près de Danba, c’est un village très animé l’été (Matthieu le compare à Saint Cirq Lapopie en fréquentation), mais totalement désert lors de notre passage hors saison. De vieilles pierres, des tours de guet photogéniques dans un cadre verdoyant et montagneux.

Ici, pas de bus de chinois qui débarquent en tenues fluos munis de sticks à selfies. L'étape sera vraiment agréable.



Le village de Zhonglu





On s'octroiera une nuit dans une guest-house traditionnelle, pleine de charme.



Le lendemain, nous cherchons à nous rendre à Suppo, autre joli village alentour. Le destin nous offrira encore une belle opportunité !

Deux chinois parlant un peu anglais nous prennent en stop. Nos nouveaux amis viennent rendre visite à quelques habitants et nous invitent à se joindre à eux. C'est ainsi que nous pénétrerons à l'intérieur de ces demeures centenaires et rencontrerons les habitants dans leur univers. On ne manquera pas de nous offrir boisson et collation. Encore un grand moment !

En fait, notre chauffeur est un représentant de l'administration qui vient contrôler l'avancée des travaux de rénovation du village pour reconduire les subventions allouées. Une expérience qui montrera l'arrière facette de ces villages classés.



Devant la plus haute tour de guet du village, en compagnie du maire.





Notre boucle se clôture à Chengdu. Deux couples de chinois nous transporteront jusqu’à bon port, en nous offrant même le repas.



Ce trajet sera marqué par le passage d’un col enneigé, au dessus des nuages.


Nous terminons ce périple, ravis d'avoir relevé le défi que nous nous étions fixés : parcourir tout le Sichuan en stop (soit plus de 2500 km), et émerveillés de toutes ces rencontres chaleureuses.

Quelques jours plus tard notre aventure chinoise touche à sa fin à Chongqing pour embarquer vers l’Australie et surtout la Nouvelle Zélande.



A suivre : La Nouvelle Zélande, en van !


Ne ratez plus une actualité

© 2016 by Laurence & Matthieu. 

bottom of page